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Financement participatif : les énergies renouvelables tirent le marché vers le haut
Alors que le crowdfunding français retrouve une croissance modeste après deux années de repli, le segment dédié aux énergies renouvelables confirme sa dynamique avec 358 millions d'euros levés en 2025. Un couple rendement-risque attractif qui séduit un nombre croissant d'investisseurs particuliers.
Le financement participatif français a connu des années difficiles. Après deux exercices consécutifs de recul, plombés par la crise immobilière et un environnement macroéconomique tendu, le marché du crowdfunding a retrouvé le chemin de la croissance en 2025, même si celle-ci reste timide. Selon le baromètre annuel publié par le cabinet Forvis Mazars et l'association FranceFinTech, les plateformes françaises ont collecté 1 763 millions d'euros l'an dernier, contre 1 731 millions en 2024, soit une progression de 1,8 %. Un rebond modeste, mais qui marque un tournant symbolique après la période de contraction.
Dans ce paysage en convalescence, un segment se distingue par sa régularité : le financement participatif dédié aux énergies renouvelables. Avec 358 millions d'euros levés en 2025, contre 352 millions l'année précédente, ce créneau poursuit sa progression et contribue directement à la reprise globale du marché. Surtout, c'est le nombre de projets financés qui impressionne : 407 en 2025, soit une hausse de 24 % par rapport à 2024. La croissance des volumes reste maîtrisée, mais l'élargissement de la base de projets traduit une démocratisation réelle de cet outil de financement.
Le solaire concentre l'essentiel de l'activité. En 2025, 70 % des montants levés dans les énergies renouvelables ont été dirigés vers des projets photovoltaïques. L'éolien représente 8 % du total, la méthanisation 5 %, le reste se répartissant entre l'hydroélectricité et d'autres filières. Cette prédominance du solaire reflète à la fois la maturité de la filière, la multiplication des projets de taille intermédiaire sur le territoire et l'appétit des investisseurs particuliers pour des projets perçus comme concrets et lisibles.
Un rendement de 7,7 % sans défaut majeur
Ce qui distingue le financement participatif dans les énergies renouvelables des autres segments du crowdfunding, c'est son couple rendement-risque. Le rendement brut moyen du secteur a légèrement progressé en 2025 pour atteindre 7,7 %, contre 7,5 % l'année précédente. Dans un contexte où les taux obligataires se stabilisent et où les placements sans risque offrent des rendements de plus en plus modestes, ce niveau de rémunération attire l'attention.
D'autant que le risque associé reste remarquablement contenu. Selon le baromètre, aucune perte définitive n'a été enregistrée sur le segment des énergies renouvelables en 2025, et les retards de remboursement de moins de six mois concernent moins de 2 % des projets. Lendosphere et Lendopolis, les deux plateformes du groupe Lendocompany qui représentent à elles seules 43 % des montants levés dans les renouvelables, affichent même un taux de défaut nul à ce jour, sur des maturités comprises entre trois et cinq ans. Des chiffres qui tranchent nettement avec la situation du crowdfunding immobilier, où les retards et les défauts se sont multipliés ces dernières années.
Un marché qui se structure et s'européanise
Au-delà des volumes, le baromètre dessine les contours d'un marché en voie de consolidation. Le top 5 des plateformes françaises concentre désormais près de 45 % de la collecte globale, avec chacune plus de 100 millions d'euros levés par an. Un quart des plateformes ont amorcé leur développement européen, à l'image de Lendocompany qui finance désormais des projets en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie. Par ailleurs, 55 % des plateformes déclarent avoir atteint l'équilibre financier, signe d'une professionnalisation croissante du secteur.
Comme le souligne Laure Verhaeghe, présidente de Lendocompany, la publication de la Programmation pluriannuelle de l'énergie et de nouveaux appels d'offres apporte une meilleure visibilité à la filière pour les années à venir. Mais elle insiste aussi sur la vigilance nécessaire : dans un contexte de croissance, la sélection des projets devra rester exigeante pour maintenir la confiance des investisseurs. Car c'est bien cette confiance, bâtie année après année sur des résultats tangibles, qui constitue le principal actif du financement participatif dans les énergies renouvelables.