Immobilier

Immobilier de luxe : les investisseurs locatifs doivent changer de grille de lecture

En 2025, l’immobilier haut de gamme français a poursuivi sa trajectoire à contre-courant du marché résidentiel classique. Prix unitaires élevés, rareté structurelle, demande internationale… Autant de caractéristiques qui en font moins un actif de rendement immédiat qu’un outil patrimonial stratégique. Pour les investisseurs locatifs fortunés, le luxe s’impose désormais comme une classe d’actifs à part entière, à condition d’en accepter les règles.
 

Un marché décorrélé… mais pas irrationnel
Le premier enseignement du baromètre Coldwell Banker est clair : le segment Prestige (transactions supérieures à 1 million d’euros) ne joue pas dans la même cour que le reste du marché immobilier. Alors que l’immobilier « standard » reste pénalisé par la contrainte de crédit, le haut de gamme s’appuie sur une clientèle largement solvable, avec près de 70 % des acquisitions réalisées sans emprunt. Cette décorrélation protège partiellement les prix, mais elle ne les sanctuarise pas pour autant.
 

En réalité, le marché du luxe a lui aussi opéré un tri sévère en 2025. Les biens dits « intermédiaires », ni réellement exceptionnels ni suffisamment bien positionnés, ont subi des négociations appuyées. À l’inverse, les actifs cochés comme « zéro défaut » – emplacement, vue, état irréprochable – continuent de se vendre à des prix unitaires élevés, parfois supérieurs aux annonces initiales. Pour un investisseur locatif, la leçon est limpide : la valeur ne se loge plus dans la surface, mais dans la singularité du bien.
 

Rendement locatif : un objectif secondaire assumé
Dans ce contexte, viser le rendement locatif classique sur le haut de gamme relève souvent de l’illusion. À Paris, sur la Côte d’Azur ou dans les stations alpines prisées, les prix au mètre carré rendent mécaniquement les rendements bruts faibles. Mais ce n’est pas le bon indicateur. Les investisseurs présents sur ce segment cherchent avant tout une combinaison entre sécurité patrimoniale, potentiel de valorisation et utilité d’usage.
 

La location meublée haut de gamme, la location moyenne durée pour une clientèle internationale ou les usages mixtes (résidence secondaire partiellement louée) permettent néanmoins de limiter le coût de portage. Dans certains marchés très ciblés – Cannes, Biarritz, Annecy ou Chamonix – la demande locative premium reste soutenue, à condition de proposer un bien clé en main, parfaitement calibré aux attentes d’une clientèle exigeante.
 

La revanche du prix au mètre carré
Le baromètre montre un phénomène clé pour les investisseurs : la compression des surfaces achetées, compensée par une acceptation croissante de prix unitaires élevés. À Cannes, Paris ou Saint-Paul-de-Vence, les acheteurs arbitrent clairement en faveur de l’emplacement et de la qualité, quitte à renoncer à quelques mètres carrés. Cette logique est particulièrement intéressante dans une optique patrimoniale longue.
 

Un bien rare, même plus petit, se revend plus vite, se loue mieux et conserve une liquidité supérieure en période de stress de marché. Pour un investisseur locatif, cela signifie que la sélection du bien prime désormais largement sur la logique d’enveloppe budgétaire. Le mètre carré cher n’est plus un problème en soi, à condition qu’il soit justifié par une valeur patrimoniale incontestable.
 

Où se positionner en 2026 ?
Les perspectives pour 2026 confirment cette polarisation. Les zones les plus recherchées – hyper-centre parisien, littoral premium, montagne internationale – devraient continuer d’attirer une demande étrangère soutenue. En parallèle, certains marchés corrigés, comme Neuilly-sur-Seine ou Arcachon sur le haut de gamme, offrent des fenêtres d’entrée plus favorables, avec des marges de négociation redevenues significatives.
 

Pour les investisseurs locatifs, le luxe ne doit plus être abordé comme un actif de rendement pur, mais comme une brique patrimoniale stabilisatrice, capable de jouer un rôle d’amortisseur dans une allocation globale. Rareté, internationalisation de la demande et résistance relative aux cycles font de l’immobilier de prestige un actif exigeant, mais redoutablement efficace… pour ceux qui savent l’aborder avec discipline.